Histoire

Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus

Les débuts de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cour de Jésus remontent au 13 juillet 1877, pendant l'intense vie spirituelle du Père Dehon, avec l'autorisation de son évêque, qui commence par un noviciat. Une année après, le 28 juin 1878, il émet ses voux religieux. De cette façon, à l'ombre du Collège Saint Jean, naît l'institut des Oblats du Sacré-Cour. Tous les deux, le Collège et l'institut sont les fruits de l'Esprit saint et du zèle apostolique de l'initiative du Père Dehon. Partout, les débuts furent prospères et pleins d'espérance. Nous rencontrons aussi beaucoup de difficultés : un incendie détruit le collège. Puis des incompréhensions et malentendus provoqueront l'intervention du Saint Siège, avec comme résultat la suppression de l'institut peu après sa fondation. Devant cette dure épreuve, le père Dehon est resté humble et disponible, manifestant clairement son esprit de foi, d'abandon à la divine providence. Grâce à cette attitude, le père Dehon recevra l'autorisation de rouvrir l'institut, lequel renaît sur des bases très évangéliques. c'était comme un printemps qui renaît de la dure épreuve du « consummatum est ». Pour cette raison, le nom de l'institut changea. Au lieu de - Oblats du Cour de Jésus - qui était cher au fondateur, parce que cela exprimait parfaitement sa spiritualité, le nom officiel sera « Prêtres du Sacré-Cour de Jésus ».

Spiritualité

En partant de la vision évangélique du notre père Fondateur, nous découvrons et expérimentons dans le signe du Cour ouvert et transpercé de Jésus notre Sauveur, l'amour unique et gratuit du Dieu qui sauve. En accueillant l'Esprit qui fait de nous des hommes nouveaux, nous voulons correspondre à cet amour en imitant la vie de Jésus par la profession religieuse des conseils évangéliques, en s'unissant à son offrande totale au Père et aux frères dans la donnation totale de soi et en imitant Marie dans sa disponibilité au projet de Dieu en offrant ce que nous sommes et faisons, surtout notre personne et notre vie pour le service du Règne. Dans une humble collaboration, nous nous engageons à l'ouvre réparatrice, de l'Eglise dans une constante attention aux hommes, et à la réconciliation de Dieu envers ceux qui ont plus besoin d'amour.

Nous nous efforçons de vivre dans la communion fraternelle, possible dans le Christ, en unissant nos forces et dans le respect réciproque, dans l'amour fraternel, dans la solidarité et la corresponsabilité. Nourrissons et faisons croître notre vocation d'amour et de réparation dans la célébration eucharistique en suivant le Christ dans son offrande totale pour le salut de l'humanité et la gloire du Père.

Le Vénérable Père DEHON Léon
(Jean du C. de Jésus)
(1843 - 1925)

Père Dehon, un géant, dont les pages qui précèdent ont déjà permis d'entrevoir la majestueuse silhouette. Physiquement, il en imposait par son altière stature; au point de vue moral et intellectuel, il était infiniment plus grand encore... Noble esprit à la vaste culture, on eut dit que rien ne lui était étranger: dogmatique, ascétisme, morale, histoire, droit, économie politique et sociale, politique, arts, sciences mathématiques et autres, lettres... dans tous les domaines, le Père Dehon gardait une parfaite aisance de mouvement, fut-ce même — nous l'avons constaté maintes fois — en tête à tête avec des spécialistes.


Une note, pourtant, l'emporte sur toutes les autres: il fut, avant tout, religieux, prêtre réparateur, dans toute la force du terme: Homme de Dieu et homme de ses frères, au prix de n'importe quels sacrifices, il éprouvait jusque dans sa sensibilité, l'angoisse de Dieu inconnu, méconnu, offensé, non moins que d'immenses pitiés pour la misère physique et morale de ceux qu'il voyait souffrir: aussi fut-il, tout à la fois, apôtre et homme d'Œuvres. Toute sa vie de prières, de labeur incessant et de sacrifice, fut une tentative—heureuse en fin de compte — de réaction, dans l'un et dans l'autre sens: I1 aima Dieu. ., il aima ses frères, on sait un peu maintenant, au prix de quelle vie douloureuse ! I1 réalisa son rêve généreux de réparer, en gravitant dans l'orbite du Réparateur par excellence, Notre Seigneur Jésus-Christ: Le divin Sauveur, en effet, a payé surabondamment la facture de nos dettes, à nous d'en acquitter le timbre. Toutefois, la réparation personnelle, par amour, ne suffit pas à sa religieuse ambition: il sera multiplicateur, dépensant toutes les ressources de son coeur, de son activité, de son talent, de sa fortune, à faire sortir de terre une armée de prêtres-réparateurs; de sorte qu'avec un sens très averti de l'opportunité, en moins de cinquante ans d'une époque où l'Eglise manquait de prêtres, il lui en offrit plus de mille, dont beaucoup déploient encore leur zèle apostolique, dans les rangs des deux clergés, en Europe et dans dix Missions.


En toute circonstance, homme de foi, c'est là le trait caractéristique de sa physionomie, il vivait d'une manière habituelle en présence de Dieu, dans le recueillement: «Vita mea abscondita cum Christo in Deo. » Tout le lui révélait: l'Eglise, les personnes dont il fut toujours infiniment respectueux, les choses, les événements; aussi n'admettait-il jamais la discussion des ordres, ni même des préférences exprimées par le Souverain Pontife. C'est parce qu'il s'éclairait à la lumière incomparable de la foi que, loin de sombrer dans le pessimisme, il excellait le plus souvent à souligner, dans de claires vues de foi, les secrets desseins de la Providence, jusqu'au sein des épreuves les plus déconcertantes. Sans revenir ici sur le «Consummatum est», n'a-t-il pas accepté, en faisant la part des choses, maintes critiques, acerbes parfois, de la presse sur l'un ou l'autre de ses ouvrages ? (Il s'agissait de travaux exécutés sans documentation, pendant les années de bombardement qu'il subit à Saint-Quentin....

Aux récréations, qui lui étaient une occasion d'entretenir le moral des siens, durant ces jours de sang et d'héroïque misère, il parvenait habituellement à combiner sans peine ses «coups », au domino ou au tric-trac, malgré les explosions qui, chaque jour, ne permettaient plus même aux joueurs de s'entendre. Pas de rire, chez lui, même aux heures de détente, mais seulement le bon sourire épanoui, dans lequel on sentait l'intention évidente de faire plaisir. Le ridicule ne l'empoignait pas; se moquer, persifler, lui étaient deux travers inconnus; il se dominait toujours et rien ne le dominait. Le fond de son âme était le sérieux, le grave; la pensée du Sacré-Cœur souffrant, sans doute actuellement impassible, mais non insensible, et le souci du bien spirituel et temporel des âmes étaient les préoccupations les plus habituelles de son esprit.

Humble et doux, il avait le secret de se mettre à la portée des plus simples, mais il n'hésitait pas, nous le verrons, à revendiquer jusque devant la Justice, les droits de Dieu, avec une virulence qui l'apparente à saint Jean Chrysostome. Obéissant, il déconcerta les pronostics de ceux qui disaient de lui: « I1 n'en reviendra pas ! » Mortifié, ses préférences allaient, par principe, mais non d'une manière exclusive, aux pénitences les plus simples en apparence: les observances strictement gardées, les croix providentielles, embrassées avec ferveur, les devoirs d'état, jusqu'à l'extrême limite du possible.

Parfait gentilhomme au demeurant, il se montrait en tout et partout d'une rare distinction naturelle, alliée à la plus haute noblesse morale; c'est là, sans doute, le secret de l'emprise extraordinaire qu'il exerça dans sa paroisse, dans le diocèse et sur les élèves du Lycée d'abord.., non moins que, plus tard, sur la jeunesse de l'Institution Saint-Jean et sur les membres de son Institut. Que de brebis ce bon pasteur n'a-t-il pas poursuivies de ses lettres, pour les ramener au bercail ! Longue serait la liste de ceux qu'il a ainsi « repêchés », saura-t-on jamais à quel prix !

D'une sensibilité exquise, qui s'ingéniait à mettre à l'aise avec un tact inimitable, le Père Dehon paraissait froid cependant, mais il n'était que réservé. Ainsi l'a-t-on vu pleurer à chaudes larmes, à la mort du Père André Prévot. Est-ce à dire qu'il n'y ait eu, en lui, aucune défectuosité ? Aucune, tout au moins, dont sa volonté ait pris parti ! On a pu lui reprocher, non sans quelques raisons, son caractère parfois primesautier et le fait de n'avoir pas toujours composé ses ouvrages très posément, d'avoir jeté sur le papier les pensées qui lui passaient par la tête, sans toujours se demander si elles étaient à leur place; une fois développées ces pensées, il revenait à son sujet, quitte à repartir dès que l'occasion s'en présentait. On lui a fait grief, ce dont il a convenu depuis longtemps, de son défaut de littérature. . . Quoi encore ?. . Sans doute, sans doute !. . mais les qualités de l'esprit et du coeur éclipsaient à tel point, chez lui, les défectuosités les plus avérées, que même après le « tolle », même après la condamnation du Saint Office, son vénérable évêque n'en continua pas moins à l'entourer de sa plus chaude estime, de sa plus profonde sympathie, non sans lui en prodiguer, dès que l'occasion s'en présentait, les preuves même publiques. Ainsi Sa Grandeur continua à autoriser M. le Chanoine Dehon à accepter des sujets étrangers au diocèse et à disposer d'eux: ce fut le cas notamment de Messieurs Galley, Charcosset, Prévot, Jeanroy; à la différence des sujets diocésains d'origine, que Sa Grandeur voulait pouvoir montrer sous sa main, tant que durerait la période de formation et d'épreuve. Aux funérailles de son Vicaire Général M. Vincent, Sa Grandeur montra, une fois de plus, en quelle estime il avait le Père Dehon, lorsqu'il révéla en public le désir qu'avait nourri celui auquel il rendait les derniers hommages, d'entrer dans sa Société, ajoutant que le Père Dehon serait son Vicaire Général, s'il ne s'était donné à la vie religieuse.

En 1885, le Père Dehon fut chargé de prêcher la station de Carême à la basilique et Sa Grandeur lui écrivait le 18 Février 1885, à cette occasion: « Que Notre-Seigneur bénisse l'importante station quadragésimale de votre basilique, non seulement importante pour la paroisse, mais aussi, indirectement pour le diocèse. » Le sujet en fut une large apologie de l'Eglise, une revue de la grande épopée chrétienne: I°. Dieu Créateur. II°. La chute de l'homme. III°. Le Christ Fils de Dieu, Rédempteur promis et prophétisé. IV°. Le Christ figuré. V° Les préparations providentielles de la Rédemption, les grands empires. VI°. Le Christ Rédempteur. VII°. Le Christ conquiert Rome (ou le christianisme établi). VIII° Le Christ conquiert les nations (ou le Christ propagé et conservé). Et la station se termina par différents sermons pratiques sur la Très Sainte Vierge, la Pénitence, la Sainte Eucharistie, la Passion.


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