Communiqué de presse
P. Général José Ornelas Carvalho
La béatification du Père Léon DEHON a été récemment mise en cause dans la presse et par plusieurs agences, sous le prétexte de ses positions antisémites.
La plupart de ces interventions, souvent de caractère polémique, reposent sur une connaissance superficielle et partielle de l'oeuvre et de la personnalité de Léon Dehon.
C'est pourquoi, dans l'intention de remettre les choses dans leur vérité, la Congrégation des Prêtres du Sacré-Coeur tient à préciser ce qui suit.
1. Toutes les oeuvres du Père Dehon, dont les textes incriminés, ont été intégralement publiées. Elles ont toutes été soumises à l'examen des censeurs de la Congrégation de la Cause des saints. Il n'y a jamais eu le moindre « camouflage » (cf. « Le Monde », 10 juin 2005).
2. Le procès de béatification n'a pas été interrompu en 1952, contrairement à certaines affirmations : pour la bonne raison que la cause n'a été introduite qu'en 1952.
3. Dans l'oeuvre publiée de Léon Dehon, on ne trouve aucune mention de Karl LUEGER faisant l'apologie de l'antisémitisme, notamment quand Dehon évoque la situation de l'Autriche. Relier son oeuvre à celle de Lueger, dont Hitler fait l'éloge dans «Mein Kampf », est donc une grave diffamation. On ne peut donc prétendre que le Père Dehon ait été un précurseur dans l'élaboration des statuts postérieurs du peuple juif, notamment lors de l'administration de Vichy.
4. Contrairement à ce qui a été affirmé (cf. « Le Monde »), non seulement LÉON XIII n'a pas pris de distances vis-à-vis de Léon Dehon, mais en 1897 il le nomme Consulteur de la Congrégation de l'Index, en précisant : « On saura que j'approuve ses tendances puisque je lui confie une fonction où on a à juger la doctrine des autres ».
5. Il nous faut souligner par ailleurs que l'attitude de Léon Dehon à l'égard du peuple juif est loin d'être seulement judéophobe. Il met notamment en valeur la dimension providentielle de ce peuple dans l'histoire du salut, en souhaitant même que les grandes figures du Premier Testament soient inscrites au calendrier liturgique de l'Église catholique. Et pour ne citer qu'un texte à ce sujet : « Il (le peuple juif) n'en est pas moins un peuple providentiel. Dieu ne l'a pas abandonné définitivement. Il le conserve comme témoin de l'histoire et des saintes Écritures. Il le réserve pour lui donner encore une grande mission dans les derniers temps du monde... ».
Dans le même sens, L. Dehon se démarque de la position de Pie IX, en affirmant qu'au nom du droit naturel on ne peut baptiser un enfant juif sans l'accord de ses parents (cf. affaire Mortara en 1858).
6. Consulteur de la Congrégation de l'Index, il milite vigoureusement pour que celle-ci instruise le procès de l'Action Française. Chargé de rédiger le rapport à ce sujet, il cite expressément l'antisémitisme de l'Action Française comme un des motifs d'une éventuelle condamnation.
7. Enfin nous devons dénoncer le procédé consistant à défigurer une personnalité en n'utilisant que des textes isolés de tout contexte et cités d'une façon tronquée qui n'en fait ressortir que leur dimension négative.
Nous tenons à préciser que ce qui motive le Père Dehon en toutes ses positions est un engagement militant à contester les injustices sociales de son temps, en particulier l'usure excessive, à en dénoncer les causes, notamment le libéralisme et le capitalisme, pour promouvoir l'avènement d'une autre société, « la rénovation sociale chrétienne ».
Supérieur Général SCJ Père José Ornelas Carvalho![]()
Rome, le 24 juin 2005
Deux nouveaux pères pour la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quentin
La basilique de Saint Denis, siège du tombeau des Rois de France a été prise d'assaut dès 15 heures ce dimanche 26 juin, par de nombreux amis et parents venus soutenir de leur amitié et de leurs prières les trois ordinands, Jean-Christophe pour le diocèse de Saint Denis et les Frères Bernard et Vincent pour la Congrégation des Dehoniens.
Une célébration, pleine d'espérance en ces derniers jours de l'année pastorale et de réflexion pour la béatification du Père Léon Dehon.
Une cathédrale bien remplie . La cathédrale résonnait des chants de la cérémonie, bien avant le début de la procession. Les personnes qui y avaient trouvé place, répétaient les chants avec la chorale, magnifiquement soutenue par la prestation des communautés monastiques de Jérusalem et par la cithare, la harpe et la trompette. Le chœur avait été disposé de façon à permettre aux prêtres et aux diacres d'y prendre place tout en communiant avec l'assistance. Lorsque le cortège fit son entrée, l'assemblée, d'un seul cœur, fit monter le chant de procession en l'honneur du corps du Christ, qui, aujourd'hui encore, appelle des jeunes à devenir prêtres.
Après les enfants de chœur et les diacres, les trois ordinands visiblement émus, les prêtres et l'évêque, Mgr de Berranger firent leur apparition. Les parents des ordinands et le reste des familles avaient pris place dans les premiers rangs, ainsi que leurs proches et les personnes qui les ont accompagnés dans leur cheminement.

Au début de la cérémonie le Père Joseph Auneau du Séminaire des Carmes de Paris, présenta le futur serviteur du diocèse de Saint Denis. Ce fut alors au tour des Pères Georges et Joseph de présenter nos deux confrères à l'Évêque en attestant que le conseil provincial les a jugés aptes à recevoir le sacerdoce.
La cérémonie se poursuivit avec les lectures bibliques du livre des Actes des Apôtres, de la deuxième épître à Timothée et de l'Évangile selon St Mathieu.
Mgr de Berranger dans son homélie, souligna l'actualité et la mission du prêtre dans la société d'aujourd'hui, mission qu'il tient du Christ et qui fait de lui un témoin de l'Évangile, un célébrant des sacrements et un pasteur pour la communauté.

L'Évêque souligna que c'est Jésus qui appelle et que les exigences de cette vocation ne sont en rien rabaissées par le plus petit nombre des candidats au sacerdoce. Il a invité nos confrères à être des modèles de serviteurs pour l'église mais aussi pour leurs confrères.
Vint ensuite le chant solennel de la grande litanie des saints que Jean-Christophe, Vincent et Bernard écoutèrent prosternés tout le long de l'allée centrale de la Basilique. Dans cette longue invocation, ce sont tous nos amis du ciel qui sont invoqués pour ceux qui vont recevoir le sacerdoce.
Les gestes prévus par le rituel de la cérémonie d'ordination sont très parlants, en particulier celui de l'imposition des mains qui voit l'un après l'autre, après l'évêque, les prêtres venir prier en imposant les mains sur chacun des ordinands.
Puis ce fut la prière de consécration chantée par l'évêque. Suivirent les gestes de l'onction et de la vêture où la chasuble fut remise aux nouveaux prêtres, suivie de l'accolade de tous leurs frères du presbyterium auquel ils appartiennent désormais.

Serment de fidélité
La liturgie eucharistique qui se déroula ensuite selon les normes liturgiques constitue la première messe de Jean-Christophe, Vincent et Bernard.
D'un seul cœur !
A l'issue de la cérémonie nos confrères ont exprimé leur joie en remerciant le Père Provincial présent, le Conseiller Général et les nombreux confrères des maisons de Paris, de Belgique et du Luxembourg.
Au son du chant de sortie, la procession se dirigea vers le parvis de la Basilique où un verre d'amitié a été servi à la nombreuse assistance.
Notre prière accompagne nos deux confrères et nous leur souhaitons un ministère fécond et heureux.
Sermon pendant la Première Messe De Bernard et de Vincent dans la Communauté Saint Maur
Chers nouveaux prêtres, Mes chers Amis,
Dans quelques instants, vous allez célébrer votre première messe, après celle de votre ordination, bien sûr. Réalisez-vous vraiment ce que vous allez faire ? Savez-vous bien ce que c'est une messe ?
Le Curé d'Ars disait « Si on comprenait ce qu'est une messe, on en mourrait ». Henri IV disait un jour « Paris vaut bien une messe », on croirait entendre La Fontaine qui met un point final à sa fable en disant « Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute »… Laissons aux mécréants le loisir du blasphème. Soyons sérieux, mais posons-nous sérieusement la question. Qu 'est-ce que la messe ?
Un spectacle hebdomadaire, imposé par le catéchisme, pour le commun des mortels catholiques ?
Une exercice quotidien imposé aux prêtres et aux religieux, comme on fait sa gymnastique matinale ou son cross du soir, pour rester bien en forme ?
Un geste commémoratif d'un événement d'un passé très lointain, sans lien avec nos gros soucis d'aujourd'hui ?
Avouons-le, la force de l'habitude, le train-train quotidien, ou la facilité de nos vie d'aujourd'hui, peuvent nous entraîner dans l'une ou l'autre de ces ornières.
Heureusement pour nous, il y a la grâce. Heureusement pour nous, il y a Celui qui est venu, celui qui vient pour nous réveiller, nous remettre debout et nous replonger dans ce grand courant de vie qu'est et que renouvelle pour nous chacune de nos eucharisties. Oui, chaque fois que nous célébrons, le Christ redescend parmi nous, il renouvelle son offrande, sa passion, sa mort sur la croix. C 'est vous, Bernard, Vincent, qui dans quelques instants, allez prononcer ces paroles que vous devrez, chaque jour vous émerveiller de prononcer: « Prenez, mangez, ceci est mon corps… Prenez, buvez, ceci est mon sang... ».
Oui, c'est vous qui allez prononcer ces paroles et vous avez le droit de les prononcer, vous en avez même le devoir, puisque vous avez reçu l'ordre de les prononcer, hier, à votre ordination. Mais n'oubliez pas une chose : ce n'est pas vous qui rendez le Christ présent à vos paroles, c'est le Christ qui se rend présent et qui vous fait la grâce de vous obéir. Comme il vous obéira chaque fois que vous direz au pénitent qui se repend: « Je te pardonne tes péchés, vas et ne pèche plus ».
N'oubliez jamais, mes amis, que Dieu seul a le pouvoir de pardonner les péchés et que s'il vous fait la grâce d'emprunter votre bouche et vos lèvres pour pardonner, vous, vous avez seulement le devoir de l'en remercier, autant et plus que le pécheur pardonné.
Étrange et merveilleux pouvoir que celui du prêtre, médiateur attitré du Christ qui se donne et qui pardonne.
Je voudrais quelques instants attirer votre attention sur ces deux personnages qui nous accompagnent dans cette chapelle, chaque fois que nous venons y prier. Pour ma part, je l'ai tellement interrogé qu'il m'a beaucoup répondu. Loin de moi de vouloir vous résumer tout ce qu'il m'a dit, mais je dirai simplement que ces jours derniers, en préparant ce petit « fervorino », il m'a rajouté encore quelques mots que je voudrais vous transmettre.
Il m'a chuchoté « Veux-tu que je te dévoile qui sont ces deux personnages ...chutt… regarde bien, il n'y en a pas deux, il n'y en a qu'un seul. Sous deux aspects différents, il n'y a qu'un seul et même personnage: le prêtre ! Le prêtre dans sa fonction sacerdotale, dans sa dignité, le prêtre « alter Christus, autre Christ », le prêtre ami de ses frères, prêt à rendre service, à soigner, à guérir, à pardonner.
Et puis, tout à côté, le prêtre dans sa misère humaine, dans sa pauvreté, dans ses épreuves, ses découragements: en un mot, dans sa pâte humaine lourde et pécheresse, qui lui donne parfois plus envie de dormir que d'aller travailler à la vigne.
Deux visages d'un seul et même prêtre que je suis et que vous êtes, Vincent, Bernard. Un prêtre à la fois chargé d'une mission qui le force à rester debout ou à se remettre debout, quand il a perdu l'équilibre et à se porter vers ses frères et en même temps, un homme plein de lourdeurs et de pesanteurs qui le tirent vers le bas et l'incitent à rester couché. Pas besoin de le dépeindre davantage, cet homme-là, vous le connaissez bien.
Ah ! Puissiez-vous, mes chers amis, en ce jour où le Maître de la moisson vous invite au ramassage de sa récolte vous engager courageusement et sans aucune réticence, en sachant que derrière ces deux visages du prêtre, ou plutôt devant, puisque cela va se passer à l'autel, sous nos yeux et à vos paroles il y a Celui qui nous a dit: «Courage... Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde».
Au CHILI , la Congrégation est présente depuis 60 ans déjà, avec des missionnaires européens: néerlandais et luxembourgeois. Elle y a accompli un grand travail dans des paroisses et dans des collèges. A présent, 9 religieux chiliens et 14 européens sont engagés pastoralement dans 4 paroisses et 3 grands collèges. De plus, ils se consacrent, avec ténacité, à la pastorale des jeunes, à la pastorale missionnaire et à la pastorale des vocations. Deux jeunes font leur noviciat à Jaraguá do Sul, au Brésil.
L'ARGENTINE vit un moment de changements, avec la création du District de l'Uruguay, l'an dernier et la diminution du personnel en raison de l'âge, des décès et de la récente nomination épiscopale du P. Virginio Bressanelli. Malgré cela, la Province d'Argentine, au début de l'année, a adopté un nouveau projet, visant la pastorale des jeunes et la pastorale universitaire dans la ville de Jujuy - où notre confrère Marcelo Palentini est évêque diocésain - en rouvrant le séminaire de Resistencia pour accueillir de nouveaux candidats. La Province maintient la maison de Rencontres, de Maciel, qui, en plus de sa fonction d'une Maison de Retraite et de formation, accueille aussi les postulants. Les scolastiques étudient la théologie à Buenos Aires. Les dehoniens travaillent dans des paroisses, en insistant sur les aspects social et éducationnel, dans le secteur de la spiritualité et comme professeurs de théologie, avec une ouverture généreuse aux missions, prouvée par le maintien de trois confrères aux Philippines.
LE GROUPE URUGUAYEN se consacre à la pastorale dans 4 paroisses: trois en périphérie de Montevideo, dont l'une est le Sanctuaire National connu comme "Gruta de Lourdes". En plus de cela, ils se consacrent à deux collèges et, récemment, aussi à un nouvel engagement dans la pastorale des vocations. Ils ont une présence dans des milieux de communication, en particulier grâce à la Revue "Umbrales", comme aussi dans l'Eglise et dans la vie religieuse du pays. Ils forment une communauté internationale composée d'Italiens, d'Argentins, de Brésiliens et d'un Uruguayen. Tous sont enthousiastes du nouveau projet apostolique qui est en train de se développer dans la ligne de la continuité avec le projet précédent qui a conduit à la création du District indépendant de la Province d'Argentine.
LA PROVINCE BS est la plus ancienne présence dehonienne permanente, en dehors de l'Europe. Les missionnaire européens, envoyé par le P. Dehon, commencèrent leur mission en 1893, avec les ouvriers d'une grande entreprises du textile. Aujourd'hui, 52 religieux néerlandais et brésiliens se consacrent à la pastorale paroissiale et à la pastorale éducationnelle, et quelques-uns à l'enseignement de la théologie. Ils travaillent dans plusieurs paroisses populaires, dans 5 Etats différents du Nord-Est du Brésil. Deux maisons de formation et une pastorale des vocations dynamique sont des signes d'une espérance pour l'avenir de la mission dehonienne dans une région très pauvre du pays.
Présence indienne au Collège International de Rome - Premiers étudiants SCJ d'Inde à Rome
Le Collège international de Rome est en train de changer, en suivant les rythmes du temps. Depuis sa fondation jusqu'à maintenant, plusieurs groupes ethniques dominants se sont succédés à l'intérieur du Collège. Au début, c'étaient les Anglo-saxons qui étaient majoritaires. Ils ont été suivis des groupes venant de l'Europe du Sud et de l'Europe de l'Est, de l'Amérique latine et de l'Afrique, et à présent, de l'Asie. En ce moment, au Collège, il y a une présence significative d'Indonésiens et on commence à observer les premières présences de Philippins et d'Indiens. L'année prochaine, notre collège paraîtra plus international que jamais, compte tenu du fait qu'avec le cours de Formation des Formateurs il y aura une présence assurée de 16 nationalités différentes.
Nouvelles de la Postulation Concernant la Béatification du P. Dehon
La nouvelle orientation donnée par le Pape Benoît XVI concernant la béatification est connue par tous. Il s'agit de marquer une distinction, au niveau de la liturgie, entre la béatification et la canonisation. La première ouvre au nouveau bienheureux les portes du culte local : diocèse, congrégations, etc…. La canonisation, par contre, propose un nouveau saint pour le culte de l'Eglise tout entière. Ce sont précisément les canonisations, en principe, qui seront présidées par le Pape.
Les béatifications, par contre, si elles se déroulent à Rome, seront faites par le Préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints. Mais si elles sont célébrées ailleurs, dans le diocèse où le Serviteur de Dieu est mort ou a vécu, ce sera justement l'Evêque du lieu ou un délégué de Sa Sainteté qui les présidera.
En ce qui concerne celles qui auront lieu à Rome, tout sera mis sous la direction de l'Office des cérémonies liturgiques, dans un style beaucoup plus simple que le style actuel. L'audience des pèlerins avec le Saint-Père est maintenue.
Tout cela est encore en phase d'expérimentation, en ce moment.
Nous ne savons pas encore quand la Secrétairerie d'Etat du Vatican nous communiquera la date de la béatification du P. Dehon. Jusqu'à présent, il ne nous semble pas que cela puisse être fait avant l'automne. Mais nous ne savons ni où ni comment. Nous continuerons à prier afin que tous les obstacles soient surmontés et que nous puissions bientôt appeler officiellement Bienheureux le P. Dehon.
Depuis quelques mois déjà, une nouvelle page web de la Curie générale est en train de se bâtir. Depuis quelques jours, elle est déjà entrée en fonction d'une façon provisoire.
Quelques aspects techniques doivent encore être précisés et de nombreux yeux sont nécessaires pour compléter le tout. Malgré cela, il est possible de la visiter, en tapant: www.dehon.it . Pour choisir sa propre langue, il suffit de cliquer sur l'endroit où elle est indiquée, en choisissant l'une des 5 langues présentes.
Sur la droite, il est possible d'accéder à un "livre des visiteurs" où on peut laisser ses commentaires et suggestions pour perfectionner ce nouveau site web.
COMMUNIQUE DU DIOCESE DE SOISSONS et des prêtres du Sacré-Cœur de St Quentin à propos du Père Dehon et de la question juive
Les prêtres du Sacré-Cœur et le Père évêque sont parfois interrogés sur les propos antisémites du Père Dehon. Il nous semble important de communiquer la mise au point suivante.
Depuis un siècle, nos sociétés se sont profondément transformées sous le coup des guerres, des multiples effondrements et horreurs, spécialement la shoah.
Nous ne pouvons pas juger les hommes du XIX" siècle avec nos yeux du XXI". Les consciences collectives et les sensibilités se sont transformées. Si nous voulons comprendre notre histoire, il nous faut respecter la réalité des événements, les situer dans leur contexte et ne pas les projeter artificiellement à notre époque.
En cette fin du 19" siècle, la pensée du père Dehon reflète celle de l'Église et de la société de l'époque. Ses écrits qui ont toujours été publiés dans le grand public, en témoignent. Encore ne sont-ils que des reflets modérés de cette pensée commune dont la grande presse d'alors se faisait l'écho.
La découverte de la misère des travailleurs de son époque fait hurler Dehon d'indignation. Il juge "la société pourrie" et souligne que "toutes les revendications des ouvriers ont un fondement légitime". Il dénonce les conditions de travail faites aux ouvriers et aux enfants dans les ateliers, il s'insurge contre le scandale des bas salaires, l'indignité des logements dans lesquels sont maintenues les familles laborieuses.
Cette exploitation est le fait, certes, de chefs d'entreprises mais il constate que ces derniers sont de plus en plus dépendants des exigences de ceux qui détiennent les capitaux. Or il remarque que les banques qui exigent toujours plus de profits de la part des entreprises, sont essentiellement et majoritairement aux mains de familles juives. De ce fait, il va s'en prendre aux Juifs à qui il attribue en fin de compte la misère du peuple. Et là sans aucun doute son discours « dérape » vers une quantité de lieux communs antisémites qu'il rapporte sans aucun esprit critique tout en affirmant que les Juifs sont "ce peuple sur lequel Jésus a pleuré... ce peuple fils d'Abraham dont le nom signifie foi et sacrifice... et qui a donné Jésus aux nations ! "
Dehon se demande pourquoi banques et capitaux sont aux mains de ces familles juives. Il rappelle alors que depuis des siècles, depuis le haut Moyen-Âge, l'Eglise catholique interdisait aux chrétiens de pratiquer l'usure et les "métiers de l'argent". Parallèlement, elle interdisait aux juifs l'exercice de nombreux métiers et de ce fait leur abandonnait les métiers de l'argent".
Quoi qu'il en soit, l'analyse que Dehon faisait de la question juive, les propos qu'il. tenait, quelques explications que nous puissions en donner, sont pour nous aujourd'hui absolument inacceptables et doivent être fermement condamnés.
Si Dehon est quelque part présenté par l'Église comme un "modèle pour aujourd'hui", il ne l'est certainement pas, et c'est une évidence, pour ses propos sur la question juive.
Il l'est pour l'immensité de l'œuvre de sa vie, pour son engagement en faveur des pauvres, pour la profondeur de son attachement à Jésus-Christ, pour sa disponibilité aux appels de l'Eglise et pour sa fidélité au service de la mission, même s'il s'est gravement trompé dans son traitement de la question juive.
Si nous avons le droit de nous tromper dans nos analyses, nous n'avons aucune excuse pour ne pas prendre notre place dans la construction de la société quels qu'en soient les risques. Lorsque nous nous trompons, sachons, humblement, nous remettre en cause, réparer autant que faire se peut, et reprendre avec tous le chantier de la construction d'une société à visage humain.
Les propos antisémites que pouvait tenir le Père Dehon avec la société de son temps, font malheureusement partie de notre histoire. Comme l'Église l'a déjà fait à de multiples occasions et plus qu'aucune autre institution civile ou religieuse, entendons ces propos dans un esprit de pénitence et de "repentance" en demandant humblement pardon à nos frères dans le judaïsme.
Les prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quentin, + Marcel HERRIOT Evêque de Soissons
